Lors de la XIIe Assemblée plénière de la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC) à Jakarta. Lors de la XIIe Assemblée plénière de la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC) à Jakarta.  

La FABC aspire à une Église synodale jetant des ponts à travers l’Asie

Jeudi 23 juillet, dans l'après-midi, les délégués à la 12e Assemblée plénière de la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC) ont présenté les résultats des discussions engagées lors de tables rondes ces derniers jours. Ils ont convenu d’accueillir ensemble l’appel pour Église à jouer un rôle de bâtisseuse de ponts sur le continent et à renouveler sa vocation missionnaire face aux défis du monde.

Gabriel Abdi Susanto – envoyé à Jakarta

Ce qui avait commencé par des échanges autour de plus de vingt tables rondes s’est conclu par une vision commune de l’avenir de l’Église en Asie.

Jeudi 23 juillet après-midi, les délégués à la 12e Assemblée plénière de la Fédération des conférences épiscopales d’Asie (FABC) ont présenté les fruits de leurs «conversations autour des tables», offrant une vue d’ensemble des espoirs, des difficultés et des aspirations qui émergent des Églises locales à travers le continent. Chaque table reflétait différents contextes nationaux et réalités pastorales, mais un consensus remarquable s’est dégagé: l’Église en Asie est appelée à devenir un bâtisseur de ponts toujours plus crédible dans un monde de plus en plus marqué par la division.

La séance de présentation des comptes rendus a fait suite à plusieurs heures de discussions en petits groupes au cours desquelles des cardinaux, des évêques, des prêtres, des religieux et des délégués laïcs ont réfléchi à deux questions devenues centrales dans le discernement de l’Assemblée: comment l’Église peut-elle répondre aux réalités géopolitiques, sociales et culturelles d’aujourd’hui en tant que bâtisseuse de ponts ? Et quelle conversion est nécessaire pour que les Églises locales deviennent plus missionnaires et synodales?

Les réponses, bien qu’exprimées de différentes manières, ont révélé une prise de conscience commune selon laquelle l’Asie se trouve à un moment critique.

La vocation missionnaire de l’Église

Partout sur le continent, les délégués ont décrit des sociétés aux prises avec la guerre, la polarisation politique, un nationalisme agressif, l’extrémisme religieux, les migrations forcées, la dégradation de l’environnement, l’aggravation des inégalités économiques et la transformation rapide induite par l’intelligence artificielle et la communication numérique. Beaucoup ont également évoqué les familles déchirées, la perte de confiance dans les institutions, la désinformation amplifiée par les réseaux sociaux et les jeunes en quête de sens dans un monde de plus en plus fragmenté.

Pourtant, ces rapports se sont révélés remarquablement porteurs d’espérance. Plutôt que de laisser ces réalités définir l’avenir de l’Église, les délégués les ont à maintes reprises décrites comme des invitations à renouveler la vocation missionnaire de l’Église.

Migration et éducation

La migration, par exemple, a été systématiquement considérée non seulement comme un défi humanitaire, mais aussi comme une opportunité providentielle. De nombreux groupes ont observé que les migrants transmettent leur foi au-delà des frontières, devenant des missionnaires partout où ils s’installent, tandis que les Églises locales sont invitées à devenir des lieux d’accueil, d’accompagnement et de communion. De même, l’essor de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, malgré leurs risques, a été reconnu comme ouvrant des horizons entièrement nouveaux pour l’évangélisation, en particulier auprès des jeunes générations.

L’éducation est apparue comme l’un des plus grands dons de l’Église à l’Asie. Les écoles catholiques, les universités, les établissements de santé, les organisations caritatives et les services de développement ont été maintes fois cités comme des espaces où des ponts se construisent déjà chaque jour, rassemblant des personnes de cultures, de religions et de milieux sociaux différents grâce à un service ancré dans l’Évangile. De nombreux délégués ont noté que, dans les pays où les catholiques restent une petite minorité, ces services constituent souvent le témoignage le plus fort et le plus crédible de l’Église.

Le travail au sein de l’Église elle-même

Si l’Église veut jeter des ponts au sein de la société, les délégués ont toutefois convenu que la conversion devait commencer au sein même de l’Église.

Les rapports, les uns après les autres, ont appelé à passer du cléricalisme à la coresponsabilité, d’un leadership centré sur la hiérarchie à un leadership de service, de l’exclusion à la participation, et de la parole à l’écoute. Une plus grande implication des laïcs, des femmes, des jeunes, des migrants, des communautés autochtones et des groupes marginalisés a été proposée à plusieurs reprises comme une expression essentielle de la synodalité, plutôt que comme une simple réforme organisationnelle.

De nombreux délégués ont également souligné que les séminaires et les programmes de formation devaient préparer les futurs prêtres non seulement à administrer des institutions, mais aussi à accompagner les personnes, à favoriser le dialogue et à guider les communautés par le discernement. La synodalité, ont-ils insisté, ne peut rester une théorie discutée lors d’assemblées; elle doit devenir la manière ordinaire d’être Église.

Dialogue et synodalité

Le dialogue est apparu comme un autre fil conducteur récurrent dans la quasi-totalité des rapports.

Qu’il s’agisse des relations avec les gouvernements, les autres communautés chrétiennes, les adeptes d’autres religions ou les personnes de bonne volonté, les délégués ont systématiquement affirmé que l’extraordinaire diversité de l’Asie n’est pas un obstacle, mais un don. Sur un continent où les chrétiens sont souvent minoritaires, la construction de ponts exige de l’humilité, une écoute patiente, l’amitié interculturelle et une volonté de collaborer pour le bien commun.

Plusieurs groupes ont également exhorté l’Église à renforcer sa voix prophétique pour aborder des questions telles que la consolidation de la paix, la gestion responsable de l’environnement, les migrations, la vie de famille, la santé mentale, l’éthique numérique et l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle. Plutôt que de se détourner des complexités du monde, les participants ont envisagé une Église qui accompagne l’humanité avec compassion tout en restant fermement enracinée dans l’Évangile.

La conviction la plus forte qui s’est dégagée de cette session de présentation des rapports est peut-être que la synodalité n’est pas simplement une méthodologie pastorale. C’est une conversion spirituelle. À maintes reprises, les délégués ont décrit le chemin qui s’ouvre devant l’Église comme un passage du maintien du statu quo à la mission, de l’instinct de conservation à l’engagement missionnaire, de la polarisation à la communion, et du leadership individuel à la responsabilité partagée entre tous les baptisés.

Un avenir fondé sur notre capacité à cheminer ensemble

À l’issue des rapports finaux, l’Assemblée n’a réagi ni par un débat ni par des applaudissements. Les délégués se sont immergés dans le silence.

La séance de présentation des rapports a laissé place à la prière du soir, au cours de laquelle l’Assemblée a confié chaque conversation, chaque réflexion et chaque espoir à la conduite du Saint-Esprit. Telle fut la conclusion d'une journée consacrée non seulement à l’échange d’idées, mais aussi à discerner ensemble la voix de Dieu s’exprimant à travers la diversité des expériences des Églises d’Asie.

Durant ce moment de prière partagée, l’Assemblée a peut-être rendu son plus vibrant témoignage à ce point-là: l’avenir de l’Église en Asie ne sera pas, en fin de compte, façonné par des stratégies, des structures, ni même par la richesse de ses discussions, mais par sa volonté de cheminer ensemble dans un discernement humble, confiante que c’est le Saint-Esprit qui continue de guider le pèlerinage de l’Église vers la communion, la participation et la mission.

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24 juillet 2026, 12:41