2026.07.30 Séance de formation Talitha Kum Burkina Faso 2026.07.30 Séance de formation Talitha Kum Burkina Faso 

Au Burkina Faso, Talitha Kum engagée pour une reconstruction humaine

Le réseau mondial de religieuses contre la traite des personnes, Talitha Kum, a publié son rapport 2025 ce 29 juillet, à la veille de la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains de l’ONU. Parmi ses 68 réseaux nationaux inter-congrégations répartis dans 113 pays, figurent des réseaux actifs dans 24 pays africains dont le Burkina Faso. La coordinatrice dans ce pays, sœur Nadine Rasmata Ouédraogo a accordé un entretien aux médias du Vatican.

Marie José Muando Buabualo – Cité du Vatican

Selon le rapport 2025 de Talitha Kum, ses progrès dans la lutte contre la traite se sont traduits, notamment, par une expansion du réseau ; une augmentation de 29,6 % de l'impact global, touchant 1,21 million de personnes ; la campagne de prévention et l'accès à la justice a augmenté de 72,4 %. En ce qui concerne le Burkina Faso, sœur Nadine explique comment le réseau local a renforcé son impact qualitatif en 2025 grâce, notamment, à un ancrage communautaire plus profond. Les régressions qu'elle signale sont dues à l'essor des cyber-arnaques, de l'exploitation des crises géopolitiques et de la recrudescence des violences, notamment à travers les mariages et les travaux forcés qui touchent en grande partie les mineurs. Au Burkina Faso, comme ailleurs, le défi majeur à relever reste le démantèlement des réseaux criminels exploitant le recrutement numérique et les cyber-arnaques ainsi que la mise à jour de la formation et de l’information pour réveiller les consciences.

La précarité de la population, cause principale du cyber trafic


«Malgré les campagnes de sensibilisation, de nombreuses personnes tombent encore dans les pièges de l’exploitation humaine. Et lorsque le rapport affirme que les réseaux sociaux constituent aujourd’hui un outil puissant utilisé par les trafiquants, c’est une réalité que nous constatons sur le terrain. Ils exploitent ces plateformes pour recruter, manipuler et contrôler leurs victimes. Ces réseaux leur permettent de cibler rapidement des personnes vulnérables, de gagner leur confiance et d’organiser leur exploitation à moindre coût», affirme sœur Nadine qui explique que l’efficacité de ces réseaux repose sur plusieurs facteurs. Pour elle, les crises sécuritaires n'ont pas créé, à elles seules, ce phénomène ; elles l'ont considérablement aggravé en augmentant le nombre de personnes vulnérables. En plus de cela, la vulnérabilité des populations due à la pauvreté, aux déplacements forcés, à la précarité dans laquelle vivent de nombreux jeunes, à leur niveau d’éducation sont autant des facteurs qui accroissent le trafic des êtres humains. Pour ce qui concerne les mineurs victimes du trafic, sœur Nadine attribue ce phènomène au manque de responsabilité parentale: «La plupart des survivantes que nous accueillons sont mineures. Et quand on voit ces petites filles, la première question que l’on se pose est: ‘Où est sa famille’ ? Après les entretiens, on découvre des réalités très douloureuses. Certaines n’ont plus de famille nucléaire ou ont été séparées de leurs proches. Pour d’autres, ce sont malheureusement les familles elles-mêmes qui les envoient travailler, pensant leur offrir un avenir meilleur, sans imaginer les dangers», rapporte la religieuse. Le recrutement sur les réseaux sociaux est également accompagné du contact direct avec les familles pour les convaincre de «recruter de jeunes filles en leur promettant un emploi, une formation ou un avenir meilleur».

 «Il est facile de détruire, mais il est difficile de réparer»

La coordinatrice du réseau Talitha Kum Burkina Faso utilise cet adage pour illustrer l’affirmation du rapport 2025 qui souligne combien la réhabilitation des victimes de la traite constitue un défi majeur dans la  reconstruction des vies brisées qui cachent des souffrances profondes ; des crises d'angoisse, une peur permanente, la honte, la perte d'estime de soi et une rupture totale de confiance envers les autres. «Lorsque nous écoutons leurs histoires, nous prenons la mesure de la profondeur des blessures qu'elles portent. Le traumatisme est souvent immense», poursuit sœur Nadine qui souligne que la nécessité de mettre la personne en sécurité ne suffit pas. Cela explique pourquoi le programme privilégie une prise en charge globale, personnalisée et centrée sur la dignité de chaque personne. La reconstruction d'une vie est un chemin long et exigeant, qui demande du temps, de la patience, des compétences spécifiques et un accompagnement profondément humain. L’arrivée des victimes au centre de transit Talitha Kum du Burkina Faso est accompagnée d’une écoute attentive, respectueuse et sans jugement, pour leur permettre de raconter leur histoire à leur rythme et commencer progressivement à retrouver confiance en elles-mêmes. Par la suite, un accompagnement psychosocial et psychologique adapté aux besoins spécifiques s'ensuit à travers un hébergement sécurisé, une alimentation adéquate, des soins de santé, l'accès à l'hygiène ainsi qu'un environnement protecteur. Il s'agit là d'une étape essentielle vers la guérison, la reconstruction et la réinsertion. Le réseau met, ensuite, l'accent sur le leadership des survivants en leur offrant une formation professionnelle et le suivi juridique pour favoriser une réintégration durable.

La lutte contre la cyber-traite est confronté à de nombreux défis

Dans son rapport 2025, Talitha Kum propose de lutter contre la cyber-traite à travers une stratégie axée sur la prévention numérique, l'éducation technologique et la coopération sectorielle en mettant l’accent, notamment sur l’alphabétisation numérique.  Pour ce qui concerne le réseau du Burkina Faso, sœur Nadine indique que l’objectif est d'offrir aux victimes les moyens de reconstruire leur vie dans la dignité. Cela implique l’adoption de plusieurs éléments de prévention, notamment, l’accompagnement dans leurs démarches administratives pour l'obtention ou la reconstitution de leurs documents d'identité. La réintégration sociale et économique se fait à travers des formations professionnelles ainsi que le développement d'activités génératrices de revenus. «Durant la période où elles attendent l'obtention de leurs documents administratifs ou les démarches de réunification familiale, elles participent à des ateliers de fabrication de sacs en perles, de porte-clés, de savon et à d'autres activités artisanales», raconte sœur Nadine. Cela leur permet, non seulement d'occuper utilement leur temps, mais aussi d'acquérir des compétences pratiques, de retrouver progressivement confiance en leurs capacités et de préparer leur autonomie financière.

La lutte contre la cyber-traite fait partie de la mission de l’Eglise

Dans le rapport 2025, les responsables du réseau Talitha Kum rappellent que la lutte contre la traite est un «ministère essentiel de l'Église», en indiquant comme témoignage, la croissance du nombre des congrégations adhérant à cette mobilisation ecclésiale globale. Sœur Nadine Ouedraogo indique en premier lieu, le soutien de sa congrégation, les Sœurs de Sainte-Croix. Elle souligne aussi l’engagement des autres congrégations religieuses qui, chacune selon son charisme, contribuent activement à la lutte contre la traite des personnes. Pour elle, redonner la dignité à une personne survivante de la traite ne consiste pas seulement à la soustraire à l'exploitation. Elle évoque les orientations de la dernière Assemblée Générale de Talitha Kum qui oriente leur action vers une reconstruction humaine, c’est-à-dire, vivre intensément cet engagement qui s'inspire profondément de l'Évangile et de la doctrine sociale de l'Église en  reconnaissant en chaque vie brisée une valeur humaine ; en l’accueillant  avec compassion, pour marcher à ses côtés dans son processus de guérison et lui redonner l'espérance d'un avenir possible.

 

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30 juillet 2026, 16:03