Venezuela, l'Église en première ligne après le double séisme
Augustine Asta – Cité du Vatican
Le Venezuela panse ses plaies après le double séisme de magnitude 7,2 et 7,5 qui a frappé le pays à seulement 39 secondes d'intervalle. Selon le dernier bilan provisoire, 235 personnes ont perdu la vie, plus de 4 300 ont été blessées et près de 49 000 personnes sont toujours portées disparues. Dans l'État côtier de La Guaira, épicentre de la catastrophe, plus d'une centaine de bâtiments se sont effondrés et près de 70 000 familles se retrouvent sans abri. Les équipes de secours venues de plusieurs pays d'Amérique et d'Europe poursuivent leurs recherches dans les décombres, parfois à mains nues, tandis que les autorités tentent encore de mesurer l'étendue des destructions.
«Il y a beaucoup d'incertitude»
Depuis Caracas, le père Fernando Duarte, vicaire de la paroisse Saint-Jean-Eudes du diocèse de Petare, joint par téléphone décrit une capitale encore sous le choc. «En ce moment, nous sommes en train d'évaluer tous les dégâts causés. Certains quartiers de Caracas se trouvent dans une situation très difficile, tout comme l'État de La Guaira», explique-t-il. «Il y a beaucoup d'incertitude. Nous ne savons pas s'il y aura de nouvelles fortes répliques. Des bâtiments ont été totalement détruits et nous ne connaissons pas encore le nombre exact de victimes. Les gens restent dans la rue, dans leurs véhicules ou sous des tentes, parce qu'ils ont peur de rentrer chez eux», ajoute-t-il.
Dans le diocèse de Petare, plusieurs églises ont également été endommagées. «La moitié du toit d'une église du diocèse s'est effondrée, des murs se sont fissurés. Il y a aussi le problème de l'eau et, avec la situation économique actuelle, tout devient encore plus difficile», détaille-t-il.
Des millions d'enfants particulièrement exposés
Au-delà du bilan humain, les organisations humanitaires s'inquiètent de la situation des plus jeunes. Selon l'Unicef, près de 3,9 millions d'enfants vivent dans les zones affectées par le séisme, notamment à Caracas ainsi que dans les États d'Aragua, Carabobo, Falcón, La Guaira et Miranda. Parmi les victimes figurent déjà des mineurs et des milliers d'enfants risquent désormais d'être confrontés à des blessures, à la séparation d'avec leurs proches, aux déplacements forcés, aux traumatismes psychologiques ainsi qu'à l'interruption des services essentiels tels que l'accès aux soins, à l'eau potable, à l'éducation ou encore à la protection.
L'Église s'organise pour répondre à l'urgence
Dans les paroisses, la priorité est d'abord d'accompagner les personnes traumatisées avant d'organiser la réponse humanitaire. «Nous essayons d'abord de remonter le moral des personnes. La première impression est terrifiante. Ensuite, nous nous organisons pour identifier les besoins les plus urgents de la population», explique le père Fernando Duarte. Les diocèses de Caracas, Petare et La Guaira coordonnent actuellement leurs actions afin de mettre en place des centres de collecte et d'acheminer les premiers secours. Les besoins sont immenses: «Les personnes âgées, les enfants, les personnes handicapées ont tout perdu et se retrouvent aujourd'hui dans la rue. L'urgence, c'est toujours la même: de l'eau, de la nourriture, des médicaments et un logement.»
Le Pape a débloqué une première aide de 100 000 euros, versée par l'intermédiaire de l'Aumônerie apostolique aux responsables de l'Église catholique du Venezuela. De son côté, Caritas Internationalis a également accordé une enveloppe de 100 000 euros destinée aux premiers secours en coordination avec Caritas Venezuela.
Une mobilisation internationale
La solidarité internationale s'organise progressivement pour répondre à l'urgence humanitaire. Les États-Unis ont, quant à eux, suspendu jusqu'au 23 octobre les sanctions visant le Venezuela afin de faciliter les transactions humanitaires. Washington a également déployé deux navires militaires, plusieurs avions et des hélicoptères pour soutenir les opérations de secours. Huit équipes européennes de protection civile doivent également rejoindre les zones sinistrées dans les prochaines heures. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a assuré que le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) facilitait le déploiement des équipes internationales de recherche et de sauvetage.
«Ouvrez vos cœurs»
Alors que les opérations de secours se poursuivent, le père Fernando Duarte lance un appel à la générosité de la communauté internationale: «Ouvrez vos cœurs face à cette catastrophe que nous vivons. Vivez la solidarité selon vos possibilités. Cette solidarité est matérielle, mais aussi spirituelle: par la prière, l'accompagnement et l'intérêt porté à ce pays qui traverse aujourd'hui une épreuve immense.»
Pour le prêtre, ce double séisme vient aggraver une crise déjà profonde. «Le Venezuela était déjà durement touché sur les plans économique, politique et social. Aujourd'hui, des milliers de personnes ont perdu leur maison et leur moyen de subsistance. Plus que jamais, nous avons besoin de la solidarité de tous.», conclut-il.
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