Le drapeau de la République démocratique du Congo, aux côtés de la buste d'Antonio Manuel Nsaku Ne Vunda, premier ambassadeur du pays près le Saint-Siège. Le drapeau de la République démocratique du Congo, aux côtés de la buste d'Antonio Manuel Nsaku Ne Vunda, premier ambassadeur du pays près le Saint-Siège. 

L’aumônerie congolaise de Rome prie pour la paix en RDC

La République démocratique du Congo commémore, ce mardi 30 juin, le 66ème anniversaire de son indépendance dans un climat de tension qui persiste à l'Est du pays. Cette commémoration est marquée par une profonde affliction mais aussi par une foi inébranlable. À Rome, la diaspora congolaise participe à une messe pour la paix célébrée en la basilique Sainte-Marie-Majeure. Dans un entretien accordé à Radio Vatican, son aumônier, le père Roger Balowe Tshimanga, livre son témoignage.

Marie José Muando Buabualo – Cité du Vatican

Mardi 30 juin, à l'occasion du 66ème anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo, de grandes célébrations eucharistiques ont été organisées à Rome et à Kinshasa pour prier pour la paix, l'unité et le développement du pays. La messe présidée en la basilique vaticane de Sainte-Marie Majeure a rassemblé la communauté congolaise de la diaspora romaine et le corps diplomatique pour invoquer la paix, la réconciliation nationale et le réconfort face aux violences persistantes dans l'Est de la RDC. Cette messe a mis en lumière le rôle crucial de la diaspora et des migrants congolais qui s'imposent comme des acteurs géopolitiques et humanitaires indispensables pour la pacification, tout en étant loin de leur pays natal. À travers les structures de la Fondation Migrantes, organisme pastoral de la Conférence épiscopale italienne, la diaspora congolaise de Rome dispose d'un cadre ecclésial officiel pour structurer ses actions en faveur de la pacification. Elle est accompagnée par un aumônier le Père carme déchaux, Roger Balowe Tshimanga, qui a délivré un témoignage sur cet événement aux médias du Vatican.

Une action de grâce pour implorer la conversion du peuple congolais

Dans son témoignage, le Père Roger Tshimanga a voulu, en premier lieu, contextualiser la dimension spirituelle de cette messe: «La communauté catholique s'est toujours réunie pour prier et célébrer dans la joie la fête de l'indépendance de notre pays. Encore une fois, toute la communauté congolaise répond à l'appel de notre ambassadeur plénipotentiaire près le Saint-Siège, Son Excellence Déogratias Ndagano, pour prier pour notre pays. La messe nous réunit dans la foi pour accompagner notre pays et ses instances dans la prière et l'action de grâce, mais aussi implorer auprès du Seigneur la grâce de la conversion véritable de tout le peuple congolais dans sa diversité, afin qu'il conjugue ses efforts pour construire le pays dans la concorde et l'harmonie». Pour le père Roger, la situation que traverse la RDC, spécialement dans sa partie Est préoccupe chaque Congolais de la diaspora. Il reconnait la désolation que connaissent leurs frères et sœurs de la partie Est du pays. «La réconciliation de tous les fils et filles du pays ainsi que le rétablissement des responsabilités de chacun est un chemin obligé pour une paix durable et véritable», fait-il remarquer.

Le chemin de l'Évangile transforme pour briser les cycles de haine

L’aumônier de la communauté catholique congolaise de Rome évoque le cri d'alarme historique lancé par le Pape François lors de sa visite à Kinshasa. L’aumônerie qu’il accompagne transforme cette parole pontificale en un vibrant plaidoyer international pour la paix et la justice en RDC: «Revenant aux propos du Pape François lorsqu'il nous a visités au Congo, il lança le message aux puissances du monde et aux multinationales de retirer leurs mains de la République démocratique du Congo, retirer leurs mains de l'Afrique et de cesser d'étouffer l'Afrique parce qu'elle n'est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser, nous avait montré clairement d'où vient notre malheur.» Pour le père Roger Tshimanga, ces messages devraient encore permettre de comprendre davantage les situations que le pays traverse. Les citoyens ont besoin de travailler à ce sujet pour décourager «ceux qui, par leurs astuces mensongères, nous plongent dans ces guerres et ces conflits sans fin.» L’aumônier de la communauté catholique congolaise de Rome déplore, toutefois, le manque d’unité concernant cette problématique.

Lutter d’abord contre une guerre vécue de l’intérieur

À la question de savoir quelle est la clé concrète, issue de l’Évangile, qui pourrait offrir la reconstruction d'une communauté brisée par des décennies de guerre, le Père Roger attire l’attention sur la nature de la persistance du conflit dans le pays: «notre communauté n'est pas seulement brisée par une guerre venant de l'extérieur ; elle l'est surtout par une guerre vécue de l'intérieur. Il y a un adage africain qui dit ''l'insecte qui ronge les haricots ne peut se trouver que dans le haricot''.» Faisant référence à l'Évangile de Matthieu qui souligne que «tout royaume divisé contre lui-même est dévasté, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne peut subsister», pour lui l'Évangile propose la vérité et la réconciliation comme voie de sortie. «C'est quand on sait dire la vérité, quand on sait vivre dans la vérité, dans la vérité avec les autres et avec soi-même, que la réconciliation devient possible. Parce que la manipulation de la vérité ne peut qu'attiser la dissension», poursuit-il en concluant: «Le mal, c'est d'abord nous-mêmes. Moi je peux le dire, le mal c'est moi, le mal c'est vous, ce sont les manières de vivre que nous avons adoptée à un certain moment et qui ne favorise ni la vérité ni la réconciliation des peuples». Le père Roger déplore une haine croissante, alimentée par beaucoup d'astuces qui ronge et affaiblit les Congolais de la diaspora: «Que nous soyons du Nord, du Sud, de l'Est, de l'Ouest ou du centre de la République démocratique du Congo, nous étions habitués à vivre en frères et sœurs du même et unique Congo. Et très souvent, je me rappelle que, quand on se retrouvait en Europe, une fois que tu es Congolais, tu deviens automatiquement mon frère». Aujourd'hui, poursuit-il, cet élan est fortement affecté par les prises de position politicienne, aux intérêts cachés qui nous divisent et nous empêchent même de vivre positivement notre nationalisme. «Du coup, une méfiance élit domicile et nous empêche de vivre sincèrement nos relations patriotiques. Et l'Évangile lui-même en souffre gravement. Même dans la prédication de l'Évangile, on peut avoir des difficultés de prêcher lorsqu'on est en train de vivre avec ce sentiment de différenciation sociale.» Pour le Père Roger Tshimanga, il s’agit là de la faille où pourquoi l'ennemi trouve la porte d'entrée pour envahir le pays.

Apprendre du sport en vue de construire un Congo uni

L’aumônier de la communauté catholique congolaise de Rome prend comme exemple la participation et le parcours de l’équipe nationale à la Coupe du monde 2026 qu’il considère comme un puissant levier d'unification nationale. «Plus que jamais, la RDC a besoin des pasteurs, des évangélisateurs qui réconcilient, qui apaisent et qui savent établir dans la vérité les responsabilités des uns et des autres aux fins de reconstituer un peuple congolais uni et pacifié. C'est cela la vocation première de l'Église, et c'est ce que notre famille de la diaspora essaie de le faire à travers des rencontres comme celle-ci pour célébrer ensemble une messe, fêter ensemble, partager nos joies et nos peines.» Malgré la pression divisionniste qui gangrène aujourd'hui le pays dans son ensemble et les fils de la diaspora très souvent, l'aumônier assure qu'ils parviennent néanmoins à se retrouver. « Il faut que nous apprenions de ce que le foot est en train de faire pour nous. Quel Congolais peut ne pas se poser la question comment nous tous, que ça soit ceux qui sont dans la zone occupée, que ça soit tous ceux qui sont de l'autre côté ou même dans la diaspora, nous nous retrouvons comme un seul peuple et nous avons un seul but d'aller de l'avant, de gagner le match.» Pour gagner l’unification du pays, il préconise que cet élan qui unit aujourd'hui les Congolais autour du football puisse les unir également pour la sauvegarde de la cohésion nationale. Pour lui, le sport est un témoignage qui affirme que l’unité du peuple congolais est encore possible.

Les tempêtes ne doivent pas nous faire perdre tout l'espérance

Le témoignage de l’aumônier de la communauté congolaise catholique de Rome se termine sur le signe d’espérance, les souhaits pour une bonne fête du 30 juin, fête de l’indépendance est la prière en vue de parler avec Jésus qui invite à ne pas avoir peur. «Si nous sommes conscients que nous sommes avec lui. Les tempêtes peuvent venir de gauche à droite. Ils peuvent nous envahir ; la tempête de la guerre ; la tempête de de l'Ebola ; la tempête des divisions tribales… Ces tempêtes, au lieu de nous affaiblir et nous détruire, doivent nous aider à découvrir davantage le Seigneur. C'est pourquoi, étant dans la barque avec ses disciples, le Seigneur dort et il les expose à la tempête. C'était une façon de les tester pour vois s’ils avaient la conscience qu'ils sont là, avec un Dieu vivant, le maître de l'histoire et des temps, les maîtres des tempêtes et des vagues.» Le père Roger Balowe Tshimanga termine son témoignage avec l’interpellation du Seigneur qui promet à ses disciples: «Je serai avec vous jusqu'à la fin des temps.» Et de conclure: «les tempêtes ne doivent pas nous faire descendre, nous faire perdre tout l'espoir. Gardons l'espoir d'être un seul peuple. Cherchons comment résoudre nos divisions et cherchons comment tenir à ce qui construit notre pays et allons de l'avant, car le Seigneur est avec nous ; Il marche avec nous».

 

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30 juin 2026, 17:46