Visite de travail de la SG des Œuvres pontificales missionnaires au Burundi. Visite de travail de la SG des Œuvres pontificales missionnaires au Burundi. 

Autonomie, unité et espérance, pour une Afrique missionnaire

Les directeurs nationaux des Œuvres pontificales missionnaires se sont réunis à Rome du 27 mai au 2 juin dernier pour leur assemblée générale. Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, ceux venant notamment de la Côte d’Ivoire du Burkina Faso, du Bénin et de la République du Congo ont partagé leurs réflexions sur l’avenir de la mission dans leurs pays respectifs.

Jean-Paul Kamba, SJ – Cité du Vatican

L’Église en Afrique grandit dans sa responsabilité missionnaire, renforce sa contribution à la solidarité universelle et cherche à témoigner davantage de l’unité dans un monde marqué par les divisions et les défis socio-économiques. C’est le constat croisé des directeurs nationaux des Œuvres pontificales missionnaires (OPM) venus de quatre pays africains: la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Bénin et la République du Congo. Comme chaque année, ces derniers se sont retrouvés à Rome pour dresser le bilan de l’action missionnaire de l’Église et réfléchir aux orientations futures. Cette année, ce rendez-vous revêt une importance particulière à l’approche de la 100e Journée mondiale des missions.

«Nous faisons le bilan de la mission dans tous nos pays et nous examinons également la situation du Fonds universel de solidarité qui soutient les projets missionnaires dans le monde», explique le père Jean Noël Goussou, directeur national des OPM en Côte d’Ivoire et délégué continental pour l’Afrique francophone, lusophone et hispanophone. L’audience accordée par le Pape Léon XIV aux participants a notamment constitué l’un des temps forts de cette rencontre, centrée sur le thème de la prochaine Journée mondiale des missions: «Un dans le Christ, unis pour la mission».

Père Jean Noël Goussou, directeur des OPM en Côte d’Ivoire et délégué continental pour l’Afrique francophone, lusophone et hispanophone
Père Jean Noël Goussou, directeur des OPM en Côte d’Ivoire et délégué continental pour l’Afrique francophone, lusophone et hispanophone

Le jubilé missionnaire et les défis de demain

La célébration de la 100e Journée mondiale des missions sera célébrée le 18 octobre prochain et constituera l’un des grands rendez-vous ecclésiaux de l’année. Dans plusieurs pays africains, des programmes spéciaux sont déjà en préparation. Pour le père Goussou, cet anniversaire ne doit pas être perçu comme une simple commémoration. Pour lui, «célébrer les 100 ans de la Journée mondiale des missions, c’est rappeler à chaque catholique qu’il est appelé à être témoin et missionnaire».

Au Burkina Faso, cette dynamique missionnaire s’inscrit dans le prolongement du jubilé des 125 ans d’évangélisation récemment célébré. «Ce thème vient nous relancer dans notre désir d’annoncer Jésus-Christ», affirme pour sa part l’abbé Isidore Nombré, directeur national des OPM.

Une Église africaine de plus en plus engagée dans son autonomie

Pour les responsables africains des OPM, l’un des signes les plus encourageants est la progression de l’auto-prise en charge des Églises locales. «Au niveau de l’Afrique, les OPM se portent bien, aussi bien sur le plan pastoral que financier», déclare le père Goussou qui a notamment souligné l’augmentation de la contribution africaine au Fonds universel de solidarité, instrument essentiel de soutien aux diocèses et aux projets missionnaires.

Cette dynamique traduit, selon lui, une prise de conscience croissante: «Nous avons compris l’essentiel, qui est l’auto-prise en charge. Mais cette autonomie n’est pas repliée sur elle-même; elle garde toujours le caractère universel de l’Église». Même constat au Burkina Faso où l’Église s’inscrit dans la volonté nationale d’autosuffisance. L’abbé Nombré rappelle que les fidèles continuent de soutenir généreusement la mission malgré un contexte difficile.

«Pour les trois œuvres des OPM, nous arrivons aujourd’hui à collecter plus d’un million d’euros. Malgré la situation que traverse le pays, c’est déjà un signe que nous avançons vers cet idéal de pourvoir nous-mêmes aux besoins de notre Église», fait-il remarquer avant de rappeler le slogan: «On ne donne pas parce qu’on a, on donne parce qu’on aime».

Abbé Isidore Nombré, directeur des OPM Burkina Faso
Abbé Isidore Nombré, directeur des OPM Burkina Faso

La solidarité comme réponse à la pauvreté

Face aux défis économiques que connaissent de nombreux pays africains, les responsables missionnaires insistent sur l’importance de la solidarité. Pour le père Goussou, celle-ci constitue même une réponse concrète à la pauvreté: «Si nous ne sommes pas solidaires, nous allons croupir dans la misère. Nous avons besoin d’unité et de communion pour sortir de cette pauvreté».

Le directeur des OPM en Côte d’Ivoire a estimé que cette unité doit également permettre aux peuples africains de mieux valoriser leurs ressources et de construire ensemble leur développement. Cette solidarité, souligne-t-il, s’exprime particulièrement à travers le Fonds universel de solidarité des OPM, auquel chaque Église locale est invitée à contribuer selon ses moyens afin de soutenir la mission dans le monde entier.

Faire comprendre que chaque baptisé est missionnaire

Au Bénin, l’un des principaux défis demeure l’animation missionnaire. Pour l’abbé Cosme Adjomalé, beaucoup continuent d’associer la mission à la figure traditionnelle du missionnaire venu d’ailleurs. «Le peuple peine encore à comprendre que tout baptisé est missionnaire», fait-il observer soulignant que les OPM sont souvent perçues uniquement comme une structure qui finance des projets ou distribue des subsides. Pourtant, leur vocation première est de susciter un véritable esprit missionnaire. Or, «la carte d’identité de celui qui a été baptisé, c’est d'être missionnaire», précise-t-il, appelant ainsi les fidèles à redécouvrir leur responsabilité personnelle dans l’annonce de l’Évangile et dans la participation au Fonds universel de solidarité.

Abbé Cosme Adjomalé, directeur des OPM Bénin
Abbé Cosme Adjomalé, directeur des OPM Bénin

L’unité, condition essentielle de la mission

L’un des messages les plus marquants de cette assemblée générale demeure l’appel à l’unité lancé par le Pape Léon XIV. Pour l’abbé Valentin Moyongo, directeur national des OPM au Congo-Brazzaville, l’unité est au cœur même de l’Évangile. «Pour annoncer l’Évangile, il faut être témoin de l’unité», résume-t-il, identifiant le défi des appartenances ethniques et régionales comme obstacle à cette unité dans son pays avant d’exhorter: «Le Christ n’est pas morcelé. Le Christ est un».

Les OPM congolaises multiplient ainsi les initiatives de sensibilisation afin de faire comprendre aux fidèles que l’Église dépasse les frontières ethniques et régionales. L’abbé Moyongo a par ailleurs regretté une méconnaissance persistante des OPM: «Les OPM sont une mère ignorée par ses propres enfants».

Abbé Valentin Moyongo, directeur des OPM en République du Congo
Abbé Valentin Moyongo, directeur des OPM en République du Congo

L’intelligence artificielle au service de la dignité humaine

Les participants ont également évoqué la récente encyclique Magnifica Humanitas du Pape Léon XIV sur la protection de la dignité humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. En Côte d’Ivoire comme au Burkina Faso, le texte a été accueilli favorablement. «L’intelligence artificielle doit être au service de l’homme, et non l’homme devenir esclave de l’intelligence artificielle», soutient le père Goussou. L’abbé Isidore Nombré y voit pour sa part un texte providentiel: «Nous espérons que cette encyclique portera du fruit dans le cœur de tous les êtres humains, afin que les technologies accompagnent la vie humaine sans jamais la dénaturer». Les responsables des OPM souhaitent désormais intégrer cette réflexion dans leurs programmes de formation, notamment auprès des jeunes, des séminaristes et des agents pastoraux.

Une Afrique missionnaire tournée vers l’avenir

Au terme de cette assemblée générale, les responsables africains des OPM ont exprimé la conviction que l’avenir de la mission passe par une Église davantage unie, solidaire et responsable. Qu’il s’agisse de renforcer l’autonomie financière des Églises locales, de promouvoir la participation de tous les baptisés ou de dépasser les divisions internes, tous ont convergé vers le même objectif: faire de la mission l’affaire de tous.

Et l’abbé Nombré de résumer: «Quand on va seul, on est perdant. Mais quand on va ensemble, nous sommes forts et Jésus-Christ sera toujours annoncé, aimé et suivi».

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05 juin 2026, 16:43