RDC: le dialogue inclusif comme voie vers la cohésion nationale
Jean-Paul Kamba, SJ – Cité du Vatican
La 4ᵉ édition du Colloque international et interdisciplinaire de l’Université catholique Omnia Omnibus s’achève ce jeudi 22 mai à Kinshasa, après trois jours d’échanges consacrés à l’avenir de la cohésion nationale en République démocratique du Congo. Placée sous le thème: «La RDC face aux enjeux du vivre-ensemble harmonieux. Le dialogue social inclusif est-il une solution à la crise de la cohésion nationale ?», cette rencontre académique a réuni chercheurs, responsables ecclésiaux et représentants de la société civile autour des défis sécuritaires, constitutionnels et sociaux que traverse le pays. Dans un entretien accordé aux médias du Vatican, le Recteur de l’Université, l’abbé Christian Ngazain revient sur les motivations de cette quatrième édition annuelle organisée par l’institution universitaire.
«Nous sommes partis du constat de la situation que nous traversons dans notre pays, qui est confronté aux défis du vivre-ensemble. Nous avons voulu réfléchir sur les solutions pour retrouver l’unité nationale et promouvoir une bonne gouvernance», a-t-il expliqué.
Pour lui, ce colloque s’inscrit dans une démarche de réflexion scientifique et morale destinée à proposer des pistes concrètes pour renforcer la cohésion nationale dans un contexte marqué par l’insécurité persistante et les tensions politiques.
Quatre axes de réflexion
Les travaux du colloque se sont articulés autour de quatre axes majeurs.
Le premier a porté sur les possibilités et les fondements d’un vivre-ensemble harmonieux. Il était question de mener une étude de «la culture du dialogue, les cadres théoriques philosophico-politiques et juridiques et l’analyse critique des concertations du passé». Les participants ont évalué la pratique des concertations politiques en RDC, leurs racines historiques, le décryptage de la psychologie politique des acteurs impliqués et l’évaluation de leurs portées.
Le deuxième a été consacré au diagnostic de la situation actuelle afin d’identifier les causes profondes des fractures sociales et politiques. Les intervenants ont scruté la cartographie des fractures socio-historiques, interurbaines, intercommunautaires, politiques, géopolitiques et géostratégiques de la RDC et analysé sa position de «pays solution» face aux enjeux mondiaux et recherche des sources historiques de sa déstabilisation.
Le troisième axe, centré sur «le dialogue inclusif, la crise constitutionnelle et les défis sécuritaires», a permis d’aborder plusieurs questions sensibles, notamment la réforme de l’appareil de défense, le coût économique de l’insécurité, le rôle des pays voisins dans la déstabilisation de la souveraineté nationale ainsi que l’évaluation de la Constitution du 18 février 2006.
Enfin, le quatrième axe a mis en lumière le rôle des Églises et des institutions religieuses dans la médiation sociale et la construction de la paix. Sous cet axe, les participants ont réfléchi sur le rôle médiateur des institutions religieuses, l’éthique citoyenne, la conscience patriotique, la bonne gouvernance et la participation des acteurs de la société civile, les partis politiques dans l’engagement pour le pacte social de la paix.
Une conférence inaugurale marquante
Parmi les temps forts de cette édition, le Recteur de l'Université a particulièrement salué la conférence inaugurale du professeur émérite Willy Bongopa, consacrée aux fondements théoriques du vivre-ensemble harmonieux.
«Il a bien montré que le vivre-ensemble harmonieux n’est pas un mot creux, ce n’est pas un slogan. Il doit être compris comme le résultat d’une ingénierie politique et morale où la parole redevient un espace de vérité et de réconciliation», a-t-il dit.
Pour les participants, le dialogue national inclusif apparaît ainsi non comme une alternative aux mécanismes constitutionnels, mais comme un complément indispensable au processus de pacification du pays.
«Le dialogue national inclusif se donne à comprendre comme une voie royale pour parvenir à la pacification totale du pays, afin que notre nation retrouve ses lettres de noblesse et redevienne une nation unie, forte et prospère», a ajouté le Recteur.
Le danger du «monologue croisé»
Interrogé sur les obstacles à un dialogue véritablement inclusif, l’abbé Ngazain a dénoncé ce qu’il appelle le «monologue croisé», où les intérêts particuliers prennent le pas sur le bien commun.
«Quand les gens viennent pour se partager le pouvoir plutôt que pour promouvoir l’intérêt général, il ne peut pas y avoir de vrai dialogue», a-t-il estimé tout mettant en garde contre des négociations motivées uniquement par des calculs politiques : «Ils viennent, ils parlent, ils se partagent le pouvoir, et après il y aura encore des mécontents. C’est ce que nous ne voulons pas», a-t-il affirmé. Pour lui, la réussite d’un dialogue national passe nécessairement par une volonté sincère de servir l’intérêt général.
Un cadre conceptuel pour l’avenir
Au terme de cette quatrième édition, les organisateurs espèrent que les réflexions menées à Kinshasa contribueront à nourrir les débats nationaux sur la paix, la gouvernance et la cohésion sociale.
«Cette quatrième édition nous offre, en tant que nation congolaise, un cadre conceptuel pour essayer d’aller de l’avant afin de juguler la crise que nous traversons actuellement», a conclu l’abbé Christian Ngazain. «Le dialogue national inclusif reste cette voie royale, mais à condition qu’il soit un vrai dialogue, mû par l’intérêt général».
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