Léon XIV recevant le cardinal Jean-Marc Aveline, président des évêques de France, au Palais apostolique, le 12 mars 2026. Léon XIV recevant le cardinal Jean-Marc Aveline, président des évêques de France, au Palais apostolique, le 12 mars 2026.  (@Vatican Media)

Cardinal Aveline: Léon XIV vient en France «nous donner une feuille de route»

Léon XIV effectuera son 5e voyage apostolique en France du 25 au 28 septembre prochain. Au moment où la Salle de Presse du Saint Siège confirme ce déplacement à l’étranger du Successeur de Pierre, le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la conférence des évêques de France, nous livre ses impressions.

Jean-Charles Putzolu – Cité du Vatican

«Une grande joie» pour l’Église, pour la France, pour ses catholiques. Un encouragement adressé à une Église confrontée à de nombreux défis mais déterminée à accompagner le regain d’intérêt constaté à travers l’augmentation des catéchumènes et le dynamsime des pèlerinages. C’est ainsi que l’archevêque de Marseille et président des évêques de France accueille la confirmation par la Salle de presse du Saint-Siège du voyage apostolique de Léon XIV en France du 25 au 28 septembre prochain. Le cardinal Jean-Marc Aveline, actuellement en pèlerinage à Lourdes avec son diocèse de Marseille, a accepté de répondre à nos questions.

Comment accueillez-vous l’annonce de ce voyage?

J'accueille cette annonce avec grande joie. Nous l'espérions, nous l'attendions, comme j'ai eu l'occasion déjà de le dire. Dès sa nomination, nous avions échangé sur l'opportunité d'une visite en France. J’ai pu observer à quel point lui-même était attaché à ce projet. Il n'a manqué aucune occasion pour envoyer des petits messages d'encouragement à des prêtres lors d'événements particuliers. Je crois pouvoir dire, après avoir travaillé plusieurs fois avec lui sur ce sujet, qu’il a un attachement pour notre pays, pour ce qu'il porte, pour son histoire, pour la façon dont il a aussi rayonné dans l'Église, dans le monde entier, à travers de belles figures de sainteté.

Parallèlement, il y a les défis rencontrés par l'Église en France aujourd'hui, qui sont communs à d'autres pays, bien sûr, mais qui ont aussi leurs particularités. C'est une excellente nouvelle, non seulement pour l'Église de France, mais aussi pour l'ensemble de notre pays.

Le 28 mars dernier, Léon XIV était à Monaco. On a vu que les Français s'étaient intéressés de près à ce voyage. Vous avez vous-même concélébré la messe au stade Louis II. Qu’attendent les catholiques en France d’une visite du Pape Léon XIV?

Les catholiques attendent une visite du Pape (ils étaient venus en nombre à Marseille, en Corse, et également à Monaco) car l'Église de France vit des choses très contrastées. D'une part, elle vit des choses très belles, avec le nombre croissant de jeunes qui découvrent le Christ et qui demandent à l'Église le baptême ou la confirmation. Je suis en ce moment à Lourdes avec 1 500 pèlerins du diocèse de Marseille et parmi eux, il y a beaucoup de jeunes adultes qui ont découvert le Christ et pour qui c'est le premier pèlerinage. Je suis personnellement frappé de voir ces choses extraordinaires et qui nécessitent que l'Église de France s'organise pour relever ce défi.

Le Concile provincial d'Île-de-France, (qui se tient jusqu'en 2027 sur le thème "catéchumènes et néophytes, de nouvelles perspectives pour la vie de notre Église dans nos diocèses", ndlr)  auquel j'espère que le Pape pourra s'adresser, fait partie des initiatives que nous essayons de mettre en place pour justement relever ce défi, qui pose à la fois la question de la formation et de laccompagnement. Parmi ces très belles choses, on note aussi la recrudescence des pèlerinages, l'importance qu’ont pris les sanctuaires mariaux de notre pays.

D'autre part, il y a des choses plus délicates. Je vois par exemple que dans les zones rurales, les communautés catholiques sont plutôt âgées. Nous avons aussi vécu la crise des abus et des agressions sexuelles dans l'Église. Nous avons traversé cela, et ce n'est pas fini. Il y a encore beaucoup de travail à faire, beaucoup de respect à exprimer. Le Pape est bien conscient de tout cela. Il vient donc nous écouter, nous encourager, nous donner aussi une feuille de route pour que nous puissions continuer notre mission en communion avec l'Église universelle. Tout cela est très important, et je pense que les quatre mois dont nous disposons d'ici fin septembre ne serons pas de trop pour nous préparer à cette visite.

Éminence, vous avez évoqué les difficultés que s'est engagée à affronter l'Église de France. Percevez-vous cette visite comme un encouragement pour tout le travail qui été fait jusqu'à présent?

Oui. Je le vois dans les différents moments où j'ai pu, avec le Pape, personnellement préparer ce voyage. C'est dans cet esprit-là que nous avons déjà commencé à travailler. Nous continuerons à le faire, mais je crois que c'est aussi important que l'Église en France saisisse la grâce qui lui est faite de recevoir une visite du Successeur de Pierre. Il nous faut nous préparer. Il faut que nous laissions l'Esprit Saint nous habiller le cœur, afin d'être disponible à recevoir ce que cette visite du Pape entraînera en nous, de par sa parole et son message. Il nous faut nous préparer également pour pouvoir bien lui expliquer ce que nous vivons, afin qu’il puisse à son tour nous donner une feuille de route pour les années à venir.

Le Saint-Siège n'a pas encore publié le programme de cette visite. Ceci dit, dans un précédent communiqué, l'Église de France a dit attendre le Pape à la fois à Paris et à Lourdes...

Oui, c'est ce qui est pensé. C'est très important que le Pape soit à Paris. Il ira aussi au siège de l'Unesco, et il devrait se rendre aussi à Lourdes, autre étape importante. Il reste encore un petit peu de place dans son agenda, nous verrons comment les choses pourront s’organiser. Des visites préliminaires vont être faites sous peu. Elles nous permettront d'y voir plus clair du point de vue de la faisabilité d’autres rendez-vous. N’oublions pas que ce voyage est très court, il se tiendra du 25 au 28 septembre. Par la suite, le Pape aura certainement d'autres occasions de venir en France, si Dieu lui prête vie et lui donne la santé.


Une prise de parole est prévue au siège de l’Unesco, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. En un an de pontificat, Léon XIV s'est exprimé à plusieurs reprises dans ces domaines, évoquant le caractère fondamental de l’éducation, la complémentarité entre la science et la foi, et présentant la culture comme un pont vers la paix...

Cette rencontre prévue à l’Unesco reflète des thèmes qui se recoupent et qui sont importants pour l'Église. Concernant le lien entre la foi et la raison, le Pape Benoît XVI nous avait déjà incité à travailler en ce sens lors de son voyage en France (du 12 au 15 septembre 2008, ndlr). L'Unesco c'est aussi l'éducation. L'Église de France a décidé pendant trois ans de travailler sur ce thème de l'éducation car il touche à beaucoup d'autres thèmes, et en particulier celui de la famille. C’est une thématique très importante non seulement pour l'Église, mais pour la société française.

La démarche que nous avons entreprise, et que j'ai eu l'occasion d'expliquer au Pape, est à la fois de regarder quels sont les trésors de l'Église, notamment à travers ses nombreuses congrégations éducatives, comme Don Bosco ou autres, que nous devons mettre en commun. Et puis, il faut relire aussi ce que nous avons fait de ces intuitions, les choses que nous devons encore améliorer. Nous avons là beaucoup de travail. Notre démarche souhaite proposer à d'autres acteurs du monde éducatif, qui ne partagent pas la foi chrétienne, de pouvoir s'asseoir à la même table et échanger sur les défis qui sont ceux du monde de l'éducation aujourd'hui. L'Unesco représente une étape très importante car l'organisation regroupe science, culture et éducation au sein d’une même institution internationale, à un moment où les éléments du droit international ont besoin d'être réaffirmés. 

En septembre prochain, la France accueillera le 5e voyage apostolique de Léon XIV, et déjà son troisième en Europe, continent qui vit une époque tourmentée et peut-être même charnière de son histoire. Quel message de Léon XIV est attendu sur l’Europe?

Nous écouterons ce qu'il veut dire à l'Europe. Un voyage dans un pays, c'est à la fois un message du Pape à l'Église dans ce pays et à la population de ce pays. C'est aussi un message envoyé à l'Église universelle, et aux hommes et aux femmes de bonne volonté dans le monde. En France, nous avons été marqués par les guerres en Europe et nous avons aussi été marqués par la force incroyable de la réconciliation comme vecteur de paix, après les nombreux dégâts occasionnés par des guerres successives.

Cette situation qui s'est produite en Europe au XXe  siècle, avec les pires atrocités, n'a pas empêché qu'un processus de réconciliation puisse se développer. Ce processus à même ensuite été à l'origine d'un projet économique et politique porté par des hommes qui étaient chrétiens, que ce soit Alcide De Gasperi, Konrad Adenauer ou Robert Schuman pour la France. L'intuition chrétienne a permis que la réconciliation entre des peuples, qui s'étaient fait la guerre plusieurs fois, soit aussi le vecteur de la construction d'un projet politique, même si ce projet politique n'est pas toujours à la hauteur de l'intuition qui l’a porté. C'est important aujourd'hui, à cause du contexte dans lequel nous nous trouvons, de travailler à la paix, de prendre appui sur cette expérience européenne, non pas unique mais significative, et de souligner la force de la réconciliation pour la construction de la paix dans le monde.



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16 mai 2026, 13:42