Une femme pleure la mort de ses frères, tués tous les deux jeudi lors de l'attaque, lors de leur messe de funérailles, ce vendredi 22 mai à Rigores. Une femme pleure la mort de ses frères, tués tous les deux jeudi lors de l'attaque, lors de leur messe de funérailles, ce vendredi 22 mai à Rigores.  (ANSA)

Honduras: la douleur de l’Église face au massacre de paysans à Rigores

La Conférence épiscopale du Honduras et le Conseil épiscopal d’Amérique latine et des Caraïbes condamnent des attaques, dans le cadre d’une guerre pour le contrôle de territoires, attribuées à des groupes criminels. Elles ont visé des policiers et des ouvriers agricoles travaillant dans les plantations de «palmier africain» dans le nord de ce pays d’Amérique centrale. Au moins 25 personnes ont été tuées.

Valerio Palombaro - Cité du Vatican

«Une profonde tristesse et une vive indignation» ont été exprimées par la Conférence épiscopale du Honduras après le massacre qui a ensanglanté le nord du pays jeudi 21 mai avec le meurtre de paysans dans la commune de Trujillo, où des groupes armés occupent illégalement deux propriétés pour y exploiter des palmiers à huile. Le bilan, porté à 25 victimes, a été communiqué ce vendredi lors d’une conférence de presse par le porte-parole du Parquet national, Yuri Mora, qui a qualifié le massacre survenu dans le village de Rigores de «l’un des plus graves épisodes de violence» de ces dernières années dans le département de Colón. Les victimes, 15 hommes, trois femmes et deux mineurs, sont essentiellement des ouvriers agricoles travaillant à la récolte de l’huile de palme. Selon les témoignages recueillis par les autorités, l’attaque a été perpétrée par des hommes armés liés à des groupes criminels qui ont ouvert le feu à l’intérieur d’une église où s’étaient réfugiées les personnes qui s’apprêtaient à commencer leur journée de travail.

Vague de violence

 

«Chaque victime est une personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu», soulignent les évêques du Honduras dans un communiqué condamnant le massacre, ainsi que les récents épisodes de violence dans les régions de Corinto et d’Omoa, situées à la frontière avec le Guatemala, toujours dans le nord du pays, où plusieurs policiers et civils ont été tués jeudi dans une attaque distincte. «Nous exprimons notre rejet absolu de cet acte et d’autres actes similaires» et, en tant que membres de l’Église, «nous ne pouvons accepter de justifications superficielles face à des faits aussi horribles». Les évêques honduriens soulignent enfin que la société doit être unie afin que s’instaure dans le pays «Son Royaume de justice, de vérité et de paix».

Défendre la dignité humaine

Le Conseil épiscopal latino-américain et des Caraïbes (CELAM) a exprimé sa solidarité avec le peuple hondurien dans un communiqué. «Aucune vie ne peut être sacrifiée», peut-on lire dans le message signé par le cardinal Jaime Spengler et Mgr Lizardo Estrada Herrera, respectivement président et secrétaire général du CELAM. La violence, poursuit la note, «blesse le tissu de nos communautés et assombrit le rêve de fraternité», alors qu’il est urgent de promouvoir des voies de réconciliation, de justice et de paix. «La vie des pauvres, des travailleurs et de ceux qui habitent et défendent leurs territoires, des enfants, des jeunes et des personnes âgées, ne peut être suspendue au fil de l’indifférence, de l’impunité ou de l’exclusion», déclare le CELAM en rappelant le sens de sa campagne de sensibilisation intitulée «La vie est suspendue à un fil». «Nous sommes appelés à tisser ensemble une culture de rencontre, de soin, de solidarité et de paix, où la dignité de chaque personne soit reconnue comme un don sacré de Dieu», écrivent les évêques. 

Une zone de martyre

Le réseau Iglesias y Minería a également fermement condamné ce nouvel épisode de violence dans le nord du Honduras. La région du Bajo Aguán, où les paysans ont été tués jeudi, «s’est transformée en une zone de mort pour ceux qui défendent le droit à la terre et au territoire». Cette nouvelle vague de violence touche des territoires qui ont déjà vu plusieurs personnes «martyrisées», parmi lesquelles le défenseur de l’environnement Juan Antonio López, délégué de la Parole de Dieu et membre fondateur de la pastorale de l’écologie intégrale au Honduras, assassiné à Tocoa en septembre 2024.



«Les décès incessants dans cette zone martyrisée mettent en évidence un problème dont les racines structurelles engendrent la pauvreté, les inégalités, la violence, l’impunité et l’absence ou la complicité de l’État», dénonce dans un communiqué Iglesias y Minería, demandant des enquêtes approfondies sur tous ces meurtres. «Nous exhortons les autorités locales et nationales – poursuit la note – à promouvoir le processus de régularisation des titres fonciers dans le cadre de la réforme agraire, condition fondamentale pour contribuer à la paix, à l’emploi et au respect des droits humains de la population de cette région». «L’État devrait se concentrer efficacement sur le démantèlement des réseaux criminels opérant dans la région», concluent les responsables d’Iglesias y Minería, exprimant leur solidarité avec les victimes et rappelant les paroles du Pape Léon XIV de septembre 2025 sur l’espoir et la justice: «L'esprit de Dieu est capable de transformer un désert aride et sec en un jardin, lieu de repos et de sérénité».

La peur règne parmi la population

Armando Suchite, un agriculteur hondurien qui a perdu deux de ses fils dans le massacre, a déclaré à l'agence EFE que la communauté de la région vivait dans la terreur. «Nous sommes terrifiés car la violence à Colón est devenue très dangereuse», a-t-il déclaré après avoir enterré ses fils âgés de 23 et 25 ans au cimetière du village de Rigores, où la plupart des 20 victimes du massacre ont été inhumées ce vendredi. Un autre habitant du village a confirmé que les gens du coin «vivent dans la peur». «Ce palmier semble maudit ; il nous a apporté beaucoup de tragédies. Nous avons perdu beaucoup d’amis et de proches à cause du conflit territorial», a-t-il déclaré.

Les revendications territoriales avancées par les agriculteurs, dont certains sont regroupés en associations, ont conduit à de violents incidents dans la région du Bajo Aguán et dans d’autres parties du pays. Dans certains cas, ces morts violentes ont également impliqué des «gardes de sécurité privés» d’entreprises actives dans la culture du «palmier africain».

La culture du palmier à huile s’est répandue dans le nord du Honduras, supplantant une grande partie des autres cultures telles que le maïs, les haricots et les agrumes. Au cours des 50 dernières années, plus de 200 personnes ont trouvé la mort de manière violente dans le cadre de conflits territoriaux, tandis que les gouvernements qui se sont succédé à Tegucigalpa n’ont pas été en mesure de résoudre le problème.

Réformes en cours 

Les deux attaques de cette semaine surviennent alors que Parlement vient d'approuver une série de réformes pour tenter d'endiguer la criminalité, dont l'appui de l'armée à des fonctions de sécurité publique, la création d'une unité spécialisée contre le crime organisé et la possibilité de désigner des groupes criminels comme organisation terroriste.

Le Honduras affiche un taux de 24 homicides par 100.000 habitants.



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23 mai 2026, 15:22