La première encyclique du Pape Léon XIV, Magnifica humanitas. La première encyclique du Pape Léon XIV, Magnifica humanitas.  (AFP or licensors)

Magnifica humanitas, catalyseur du dialogue avec les géants de la technologie

Le père Brendan McGuire exerce son ministère dans la baie de San Francisco, cœur mondial de l’innovation technologique. Il retrace le parcours marqué par des rencontres et des échanges entre scientifiques, experts et représentants du Saint-Siège, couronné par la publication lundi 25 mai de Magnifica humanitas, le document magistériel de Léon XIV. «Beaucoup perçoivent la technologie comme un ennemi, mais il faut dialoguer avec elle. Elle construit notre avenir, avec ou sans nous», affirme t-il.

Salvatore Cernuzio - Cité du Vatican

Irlandais, ancien ingénieur, titulaire d’un master en informatique et en sécurité informatique, prêtre depuis vingt-six ans, le père Brendan McGuire passe sa vie parmi des scientifiques, des experts et des représentants du secteur high-tech. Il est d’ailleurs devenu le confesseur, la référence et même l’ami personnel de certains d’entre eux, dont Christopher Olah qu’il a accompagné en salle du Synode lundi 25 mai. Le jeune cofondateur d’Anthropic était aux côtés du Pape lors de la présentation de la première encyclique de Léon XIV, Magnifica humanitas.

Les premiers contacts

«J’ai été ordonné il y a 26 ans et je viens de ce milieu. Aussi, même si j’ai été impliqué dans diverses activités, je n’ai jamais vraiment quitté le secteur. J’ai toujours gardé le contact avec tout le monde», raconte-t-il. «J’ai occupé un poste de direction dans une entreprise; mes amis sont devenus PDG et directeurs financiers et je suis resté en contact avec eux ces 25 dernières années, mais de manière très intense ces dix dernières années. Beaucoup venaient me voir et me disaient qu’ils s’inquiétaient de ce qu’ils voyaient arriver de l’autre côté de la vallée. Certains d’entre eux voulaient se retirer: ''C’est trop pour moi'', disaient-ils. Ou bien ils me demandaient: ''Que pouvons-nous faire?''». C’est ainsi que des groupes d’écoute ont été mis en place, avec l’aide de Mgr Paul Tighe du dicastère pour la Culture et l’Éducation.

«Recherche de sagesse»

Tout cela s’est passé il y a environ huit ou neuf ans, lorsque nous avons décidé de concrétiser ces contacts en une initiative concrète: un Institut pour la technologie, l’éthique et la culture à l’Université de Santa Clara, en collaboration avec le dicastère pour la Culture et l’Éducation. «Nous avons également publié un livre, un manuel intitulé 'L’éthique à l’ère des technologies disruptives'. Et c’est ainsi – raconte le prêtre – que nous avons commencé à obtenir un écho plus important». Il y a eu ensuite la rencontre avec Christopher Olah, d’où «est née une relation très étroite, fondée sur l’écoute mutuelle», les visites de Mgr Tighe en Californie pour les Minerva Talks avec les dirigeants de la Silicon Valley et de nombreux autres rendez-vous à Rome. Tout cela a renforcé le dialogue avec l’Église catholique et les autres religions dans une «recherche commune de sagesse»: «Ils avaient le sentiment d’avoir trouvé en nous un partenaire dans ce cheminement. Et c’est ce que nous avons fait».

Le couronnement d’un parcours

Ainsi, Magnifica humanitas peut être considérée comme le couronnement d’un parcours long et complexe au cours duquel l’Église s’efforce de considérer les défis et les transformations de notre époque «à la lumière de l’Évangile», comme l’a souligné le Pape dans son discours. Et aussi, comme cela a été dit lors de la présentation, d’entrer en dialogue avec ceux qui mènent ces transformations, afin de rendre sa propre contribution plus incisive et plus immédiate. «Ce serait un risque plus grand de ne pas prendre le risque de dialoguer ensemble», affirme le père McGuire, rejetant les accusations et les critiques selon lesquelles une entreprise comme Anthropic pourrait utiliser le Vatican pour une opération de «social washing», de «blanchiment». «Le plus grand risque est de ne rien faire du tout», réaffirme le prêtre. «Je repense sans cesse au discours que Martin Luther King a prononcé en 1967, un discours très puissant sur l’importance de faire entendre sa voix, dans lequel il disait que l’urgence du moment présent était impérieuse et que le silence n’était pas acceptable. Je crois que nous nous trouvons à un moment historique où nous devons faire entendre notre voix et dialoguer».

Dialoguer sans cesse

«En tant qu’Église, nous ne sommes certes pas d’accord sur tout», souligne le père Brendan, «mais il est essentiel de suivre véritablement l’idée de synode du Pape François: écouter, rencontrer et travailler avec les gens. Et je pense que, jusqu’à présent, le dialogue a été très fructueux». Ce dialogue doit se poursuivre même lorsqu’il s’accompagne d’un regard critique ou dénonciateur, comme celui contenu dans Magnifica humanitas, à l’égard des Big Tech, ces grandes entreprises technologiques détenant un pouvoir et un contrôle «réservés à quelques-uns», au détriment de ceux qui vivent déjà en marge du périmètre économique et social. À la question de savoir dans quelle mesure est-il possible de dialoguer avec ces géants sans confrontation? Il répond: «Je crois que beaucoup de gens ont peur de l’impact que la technologie aura sur eux, sur leurs enfants et sur le monde du travail. Et cette peur est bien fondée, à vrai dire. En même temps, la technologie a toujours entraîné un bouleversement, un changement, une transition». «Je comprends qu’il y ait cette perception qu’ils sont l’ennemi. Je viens d’Irlande et là-bas, nous avons connu une guerre dans le Nord où les gens disaient que quiconque discutait avec l’ennemi était lui-même l’ennemi. C’est faux et trompeur, car si l’on veut la paix, il faut dialoguer même avec ce qui est perçu comme un ennemi. Il en va de même avec la technologie: nous devons dialoguer avec elle. Elle construit notre avenir, avec ou sans nous», affirme le père McGuire.

Un premier pas, pas une fin

La prochaine étape, conclut le père McGuire, «consiste à créer ce que j’appelle des “cercles de sagesse”. Il s’agit de mettre en place un espace où les gens peuvent s’asseoir et s’écouter les uns les autres. Et nous allons nous y mettre tout de suite. Dès ce mardi, nous avons prévu des réunions avec des séances d’introduction. L’intention est que, si Dieu le veut, une délégation se rende dans la Silicon Valley pour approfondir l’écoute et élargir la perspective. C’est un premier pas, pas la fin. Le début du dialogue, pas sa conclusion».

 

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25 mai 2026, 17:34