Les moines trappistes de Tibhirine, en Algérie. Les moines trappistes de Tibhirine, en Algérie.  

30 ans après leur mort, la mémoire vive des moines de Tibhirine

Le 26 mars 1996, sept moines trappistes à Tibhirine étaient enlevés, leurs têtes seront retrouvées 6 semaines plus tard. Leur mort, en pleine décennie noire en Algérie fit le tour du monde. Ils furent béatifiés en 2018 à Oran avec 12 autres martyrs d’Algérie. Aujourd’hui les trappistes ont quitté le monastère, géré depuis 10 ans par la communauté du Chemin Neuf, mais l'esprit de prière et de fraternité des moines y est toujours vivant.

Olivier Bonnel - Cité du Vatican

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, les sept moines trappistes du monastère de Tibhine sont enlevés par des hommes armés. Leurs têtes seront retrouvées le 30 mai, quelques jours après la parution d’un communiqué du Groupe Islamique Armé (GIA) annonçant leur mort par égorgement.  L’assassinat des moines cisterciens de l’abbaye Notre-Dame de l’Atlas provoque alors une onde de choc immense, en Algérie et au-delà. En 2010, le film «Des hommes et des Dieux» de Xavier Bauvois reçoit le grand prix du Jury au festival de Cannes, donnant une résonnance planétaire à la vie de ces frères.

L’Algérie de 1996 vit en pleine "décennie noire", émaillée d’attentats terroristes menés par divers groupes islamistes et de répression armée. Une page sombre qui fait des dizaines de milliers de victimes parmi le peuple algérien. Malgré les menaces, les moines de Tibhirine n’ont jamais eu l’intention de quitter leur monastère, sûr que leur présence discrète et priante en terre d’islam était là où Dieu les avait menés. «S’il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays» écrit Christian de Chergé, prieur du monastère dans une lettre testament, retrouvée par son frère au lendemain de l’annonce de sa mort.

Un enracinement en terre d'Algérie

Frère Christian, mais aussi Frère Luc, qui soigne les habitants de la région dans son dispensaire situé à l’entrée du monastère, frère Michel, cuisinier et jardinier de la communauté, mais aussi frère Célestin le chantre, frère Christophe, frère Bruno et frère Paul, tous seront le visage d’une communauté vivant en paix, au service des pauvres. Une douce présence dont le relief est encore plus fort quand la violence se déchaine. Au fil de leur enracinement sur cette terre algérienne, ils ont noué des amitiés solides avec les habitants de la région, et leur vie est un chapitre important dans l’histoire du dialogue avec l’islam.

«Je me rappelle des pieds nus de frère Christian dans ses semelles de corde, quand il ouvrait la grille» se souvient le journaliste François Vayne, né en Algérie, qui passa 17 ans dans le pays, familier du monastère. «Je devinais dans ces sandales le don de sa vie pour les autres».

Une vue du monastère de Tibhirine
Une vue du monastère de Tibhirine

L’héritage des sept trappistes reste incommensurable. Avec douze autres martyrs, dont Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassiné quelques semaines plus tard avec son chauffeur musulman, les moines seront béatifiés le 8 décembre 2018, sur volonté du Pape François. Si les corps des moines n’ont jamais été retrouvés, un petit cimetière avec sept stèles a été érigé dans le jardin près du monastère. Dans le monde entier, des stèles et des mausolées rappellent le sacrifice des moines: de la Norvège aux Etats-Unis, en passant par la République Démocratique du Congo ou le Cameroun, sans oublier la France, bien-sûr.

Le rayonnement spirituel des moines

À Tibhirine, l’esprit des moines plane encore. Si la communauté cistercienne Notre-Dame de l’Atlas a été transférée au Maroc, le lieu a d’abord été entretenu, à partir de 2001 par le père Jean-Marie Lassausse, prêtre de la Mission de France qui vient sur les lieux sous escorte policière. Le verger et le potager du monastère sont entretenus, avec l’aide de Samir et Youssef, des amis de frère Christophe.

En 2016, l’archevêque d’Alger confie à la communauté du Chemin Neuf la mission de continuer à faire vivre le lieu. De nombreux pèlerins viennent à Tibhirine, parmi lesquels une majorité d’Algériens, qu’il faut accueillir. Sur place, l’esprit des moines est toujours présent, fait de silence, de paix et de fraternité, témoigne Le père Eugène Lehembre, responsable de la communauté sur place.

Père Eugène Lehembre, supérieur de la communauté du Chemin Neuf à Tibhirine

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26 mars 2026, 13:07