Le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de l'Église chaldéenne en 2018 (photo d'archive). Le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de l'Église chaldéenne en 2018 (photo d'archive).   (AFP or licensors)

Le cardinal Sako: «La guerre n'est pas une solution»

Alors que l'Irak subit des tirs de missiles iraniens, le patrirache des Chaldéens partage ses préoccupations devant les risques d'une guerre régionale de grande ampleur, et invite les autres leaders religieux irakiens à élever leur voix en faveur de la paix.

Olivier Bonnel - Jean-Charles Putzolu - Cité du Vatican

Comme de nombreux pays du Moyen-Orient, l'Irak est depuis une semaine dans la ligne de mire des tirs de missiles, de roquettes et de drones iraniens, en riposte aux bombardements israélo-américains sur la République islamique. La ville d'Érbil, capitale autonome du Kurdistan irakien a notamment essuyé de nombreuses attaques, mais tout le pays a été pris pour cible: des champs pétroliers comme à Bassora, dans le sud, ou l'aéroport de Bagdad. 

Alors que le risque d'un élargissement du conflit à toute la région est réel, le patriarche de Bagdad des Chaldéens ne cache pas ses inquiétudes. «Comme patriarche, je suis très préoccupé de la situation parce que personne ne sait où cette guerre va mener. Et nous, nous avons vécu le même scénario en 2003, explique le cardinal Louis Raphaël Sako à Radio Vatican, qui liste «le chaos, le désordre, les vengeances, les attaques». 

La crainte d'une nouvelle escalade

Si les milices chiites pro-iraniennes en Irak se sont pour l'instant peu mobilisées dans le conflit, le patriarche chaldéen rappelle néanmoins les risques qui pèsent sur la société irakienne, où les chiites représentent près de 60% de la population. «On a peur parce que nous sommes voisins de l'Iran et beaucoup d'Irakiens sont chiites. Il y a un double sentiment». 

«Nous craignons une nouvelle escalade qui nous ferait glisser vers une guerre régionale de grande ampleur» poursuit le cardinal Sako en constatant les frappes qui ont visé aussi les pays du Golfe, la Turquie ou l'Azerbaïdjan. «La guerre n'est pas une solution, martèle-t-il, c'est la diplomatie qui peut aider à résoudre les problèmes». Le chef de l'Église chaldéenne regarde aussi avec une grande apréhension le sort des communautés chrétiennes, en particulier dans la plaine de Ninive, que nombre d'entre eux ont dû fuir sous les persécutions de l'organisation de l'État islamique. «Nous les chrétiens, nous sommes très préoccupés parce que s’ils commencent à attaquer la plaine de Ninive, là où il y a 50 000 chrétiens, ces gens-là vont quitter leur maison et cette fois, ils ne reviendront plus», relève le patriarche. 

Élever la voix pour la paix

«J'ai demandé aux chrétiens le dimanche de prier pour la paix au cours de toutes les messes dans les églises; de prendre des préoccupations, d’être prudents et de ne perdre ni courage ni espoir», poursuit le cardinal Sako qui compte aussi sur la voix des autres leaders spirituels en Irak pour faire baisser la tension. «J'ai demandé aux leaders religieux (musulmans, ndlr) d'élever leur voix pour la paix, pour la fraternité, explique-t-il. Comme le Pape François l’avait fait lors de sa visite en Irak et de la rencontre avec Al Sistani».

Cette rencontre historique avec le chef spirituel chiite dans la ville sainte de Nadjaf , le 6 mars 2021 reste un moment capital et plus que jamais une balise pour l'avenir de la coexistence interreligieuse en Irak. «C'était une rencontre très importante, raconte le cardinal Sako. Al Sistani avait dit: "Nous faisons partie de vous et vous, vous faites partie de nous", soit exactement ce que François disait aussi: "nous sommes des frères"»

Le 4 mars, alors que les bombes continuaient de pleuvoir sur la région, l'ayatollah Al Sistani a publié une déclaration dans laquelle il s'inquiète à son tour d'une extension de la guerre à toute la région, et réitère son appel «à tous les acteurs internationaux influents et aux pays du monde, en particulier les pays islamiques, afin qu'ils déploient tous les efforts possibles pour y mettre fin immédiatement et trouver une solution juste et pacifique au dossier nucléaire iranien, conformément aux règles du droit international».

 

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07 mars 2026, 10:13