2026.02.25 Monaco voyage apostolique

Archevêque de Monaco: la venue du Pape sera une grande grâce

Dans une interview accordée aux médias du Vatican, Mgr Dominique-Marie David reconnaît les fragilités spirituelles de ce petit pays où le cliché de la richesse cache souvent de profondes «solitudes» et une «crise du sens de la vie». Le voyage apostolique de Léon XIV sera l'occasion de s'adresser «au monde entier», représenté dans la Principauté par une réalité multiculturelle comptant plus de 150 nationalités.

Edoardo Giribaldi – Cité du Vatican

L’une des caractéristiques ayant le plus surpris Mgr Dominique-Marie David, arrivé en tant qu’archevêque à Monaco il y a six ans, c’est que, «dans un État aussi petit, à peine deux kilomètres carrés, cohabitent des réalités extrêmement diverses. Près de 150 nationalités sont représentées à Monaco: d’une certaine manière, le vaste monde est présent dans ce petit espace. On a souvent une image un peu caricaturale de la Principauté, considérée uniquement comme une ville de luxe». En réalité, explique-t-il dans une interview accordée aux médias du Vatican, «sa richesse provient de la grande diversité des origines et aussi d’un certain métissage social. En effet, de nombreuses personnes travaillent à Monaco sans nécessairement y vivre. Tout cela contribue à la richesse de notre pays et de l’Église». L’archevêque de Monaco croit en effet que pour le Pape, «visiter un pays aussi petit peut avoir une signification importante: au fond, il s’adresse au monde entier. Sa mission est de porter l’Évangile, de renforcer la foi et de diffuser un message de paix et de dignité de la personne humaine. Il est donc probable que l’écho d’une telle visite dépasse les frontières de notre petit État».

Monaco est souvent perçue comme un symbole de richesse. Quelles formes de pauvreté demeurent invisibles? Existe-t-il des carences qui sont non seulement économiques, mais aussi relationnelles, spirituelles ou culturelles?

Les formes de pauvreté sont nombreuses et souvent très profondes. J’en ai moi-même pris conscience ces dernières années, notamment grâce à ceux qui m’ont aidé à découvrir la réalité de Monaco au-delà des stéréotypes et des images véhiculées par les médias. Il existe tout d’abord la pauvreté matérielle, parfois très cachée et difficile à percevoir. Autour de la Principauté vivent de nombreuses personnes qui y travaillent et contribuent à la vie du pays, mais qui se trouvent parfois dans des conditions difficiles, notamment en matière de logement ou de coût de la vie. De nombreuses associations, y compris au sein du diocèse, sont attentives à ces situations. À ces difficultés matérielles, s’ajoutent d’autres formes de pauvreté: la solitude et la crise du sens de la vie. Lorsqu’on dispose d’un certain bien-être et qu’on n’a pas de grandes préoccupations matérielles, d’autres questions émergent: quel sens donner à sa propre existence? Il n’est pas rare de rencontrer des personnes qui souffrent de solitude.

Nous voyons aussi des parents désemparés face à l’éducation de leurs enfants, des séparations et des drames familiaux qui touchent d’autant plus que la vie semble, du moins en apparence, plus facile. C’est pourquoi notre tâche consiste à rester attentifs à ces pauvretés cachées, à prendre soin les uns des autres et à savoir reconnaître les situations de fragilité qui, même si elles ne sont pas toujours visibles, sont bien réelles et parfois très douloureuses.

Dans un contexte où le bien-être semble être la norme, la manière dont l’Église reconnaît et aborde la pauvreté change-t-elle?

Heureusement, la solidarité est très présente. À Monaco, des organisations très actives opèrent, telles que Caritas Monaco, la Société de Saint-Vincent-de-Paul, la Légion de Marie et de nombreuses associations ecclésiales ou civiles qui s’occupent d’enfants en difficulté, de familles fragiles, de personnes âgées et de malades. Cette attention se reflète également dans l’action de l’Église. L’idée est de prendre soin les uns des autres et de ne pas nous limiter à vivre dans un pays qui offre une bonne qualité de vie et une certaine sécurité. Notre mission, ici à Monaco, est d’être encore plus attentifs aux personnes et de ne manquer aucune occasion de témoigner de l’Évangile à ceux qui sont dans le besoin.

Vous est-il déjà arrivé de remarquer des situations où ceux qui possèdent beaucoup reçoivent spirituellement de ceux qui possèdent peu?

Lorsque l’Église s’exprime, dans les paroisses, au sein des mouvements ou par la voix de l’évêque, elle ne choisit pas son public. À certains moments importants de la vie du pays, nous avons même la possibilité de nous adresser à tous. Il est difficile de mesurer les fruits d’une parole, d’une prédication ou d’un témoignage. Il faudrait le demander à ceux qui écoutent. Cependant, il n’est pas rare de recevoir des retours qui montrent comment certains messages, avec le temps, parviennent à toucher le cœur des gens. C’est là notre objectif: ne pas rester à la surface, mais toucher la personne au plus profond d’elle-même.

Au-delà des différents rôles et responsabilités que chacun peut avoir à Monaco, l’essentiel est que la personne soit interpellée intérieurement et que son cœur s’ouvre à une parole capable de réveiller, de convertir et d’orienter la vie vers les autres. Nous ne pouvons pas toujours voir les résultats immédiatement, mais nous savons que beaucoup écoutent et que, peu à peu, un chemin peut s’ouvrir. Nous le constatons également dans le nombre croissant de personnes qui demandent le baptême ou souhaitent renouer avec l’Église.

Vous arrive-t-il parfois de dire aux gens des choses qu’ils ne s’attendent pas à entendre de la part d’un évêque?

Ici, comme on le sait, la religion catholique est la religion d’État. Beaucoup s’attendent donc à ce que l’évêque et l’Église parlent avant tout de l’expérience spirituelle et de l’accueil de la foi. Cependant, surtout à l’occasion de la fête nationale ou d’autres événements importants, j’essaie aussi de rappeler que la foi catholique n’est pas seulement une identité culturelle ou un patrimoine historique. C’est aussi une responsabilité qui influe sur notre façon de vivre, sur nos choix et sur notre discernement. Pour certains, cela peut être une perspective nouvelle: il ne suffit pas de se dire catholique, ni d’être fier de l’être. Il faut aussi en saisir les conséquences dans la manière dont nous regardons le monde, les autres (surtout les plus pauvres) et dans la cohérence de notre vie. Si quelqu’un est surpris, c’est probablement justement pour cela: la foi comporte des conséquences et exige une véritable cohérence de vie, comme nous le propose l’Évangile.

Si vous deviez résumer la mission de l’Église à Monaco en une seule image évangélique, laquelle choisiriez-vous?

Je pense à deux images évangéliques. La première est celle de la brebis égarée: mobiliser toutes les énergies des prêtres, laïcs, paroisses et mouvements pour que la Bonne Nouvelle atteigne même ceux qui semblent les plus éloignés ou les plus improbables. La seconde est l’épisode de Zachée. Jésus choisit d’entrer dans la maison d’une personne qui n’avait pas grande réputation, même si elle était riche et socialement importante. Il le fait simplement pour lui faire découvrir la beauté et la joie de l’Évangile. Par sa proximité et son amitié, il lui révèle que le Royaume de Dieu est déjà présent et qu’il entre dans sa vie et dans son cœur. Je crois donc que la venue du Pape sera une grande grâce.

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24 mars 2026, 12:38