Quatre conférences épiscopales pressent l’Europe de retrouver son âme
Delphine Allaire – Cité du Vatican
La réponse de l’Église catholique aux turbulences géopolitiques actuelles et au désenchantement d’un continent pourtant berceau de l’humanisme chrétien. Quatre présidents de conférences épiscopales influentes au sein de l’Union européenne ont décidé de faire plume commune afin de prévenir contre les euroscepticismes naissants et découragements ambiants. L’initiative semble inédite, mais l’union fait la force. Au lendemain du Jubilé de l’espérance, c’est sur cette vertu théologale qu’insistent ces quatre figures ecclésiales. La petite fille espérance qui semble s’être affaiblie sur le Vieux continent, spectateur d’un monde déchiré et polarisé, où beaucoup d’Européens semblent «angoissés et sans repères». Selon ces quatre présidents de conférences épiscopales, c’est pourtant la terre européenne qui, «en retrouvant son âme», doit pouvoir offrir au monde entier «son indispensable contribution au bien commun».
La contribution historique au bien commun
Ce bien commun né du christianisme, l’une des matrices essentielles du continent européen, façonné par les civilisations grecques et romaines, a pétri «le visage d’une Europe humaniste, solidaire et ouverte sur le monde», estime le quartet d’évêques, actant de fait son visage actuel: «pluraliste», caractérisé par «des diversités linguistiques, des différences culturelles régionales et de nombreux courants religieux et spirituels». Un panorama dans lequel les chrétiens sont moins nombreux, reconnaissent-ils, mais appelés «avec courage et persévérance» à jouer un rôle.
Citant la création de l’ONU, jadis horizon d’une société réconciliée, les quatre auteurs puisent à la source du rêve chrétien des Pères fondateurs de l’Europe, eux-mêmes français, allemand et italien, qui se sont avérés «les architectes d’un magnifique édifice cependant fragile». Cet édifice de paix, bâti sur les cendres de la tragédie de la Seconde guerre mondiale et en opposition aux régimes totalitaires d’alors, n’a pas été créé «contre les patries», mais «contre les nationalismes qui les ont détruites», rappellent les évêques convoquant Alcide de Gasperi dont l’enquête diocésaine de béatification se trouve au dicastère pour les causes des saints.
L'Europe doit chercher des alliances de paix et de solidarité
Ainsi les quatre présidents assurent que l’Europe, irréductible à un marché économique et financier, doit toujours être prête «à renouer le dialogue même en cas de conflit et viser les réconciliations et la paix». Respectueuse de l’état de droit, en refusant les logiques exclusivistes des replis et des violences, elle est appelée à chercher des alliances qui établissent les prémisses d’une véritable solidarité entre les peuples. Ils constatent qu’en dépit des nombreux mouvements eurosceptiques dans les différents pays du continent, les Européens se sont «davantage rapprochés», surtout depuis le début de la guerre en Ukraine il y a près de quatre ans.
Alors «qu’un cadre international est en train de mourir et qu’un nouveau n’est pas encore né», l’Église «peut et doit» contribuer à la renaissance «d’une Europe fatiguée mais encore riche d’énergie et de potentialités», exhortent les quatre évêques. Depuis Marseille, Bologne, Limbourg et Gdansk, où ils sont ancrés, ils appellent avec urgence les chrétiens «à s’engager résolument, là où ils sont, au devenir de l’Europe avec la même conscience aiguë que les pères fondateurs.» «Le monde a besoin de l’Europe», assurent-ils.
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