Les évêques ouest-africains exhortent à l’espérance face aux «crises multiformes»
Marcel Ariston BLÉ - Côte d'Ivoire
Dans une déclaration, les évêques de l'Afrique de l'Ouest disent avoir procédé à une analyse approfondie du contexte socio-politique ouest-africain, marqué, selon eux, par «des crises multiformes et durables, exposant les populations à la misère et à la violence». Ces crises, indiquent-ils, sont alimentées par «le terrorisme, les coups d'État militaires et constitutionnels, les élections non transparentes, mais aussi par les trafics de drogue, la dégradation de l'environnement et l'exploitation anarchique des ressources naturelles».
À cela s'ajoutent «les déplacements forcés de populations, les tensions intercommunautaires et interreligieuses, ainsi que les enlèvements», notamment ceux d'agents pastoraux et de fidèles chrétiens, posant avec acuité la question de la liberté de culte et de l'instrumentalisation de la religion à des fins politiques ou extrémistes. Les évêques estiment connaître la racine profonde du mal qui affecte l'Afrique et particulièrement la sous-région ouest-africaine.
«Retirez vos mains de l'Afrique»
«Notre sous-région souffre d'un manque de cohésion sociale, engendré par la cupidité des prédateurs internationaux et de leurs complices locaux», déplorent-ils, rappelant avec force les propos lancés par le Pape François à Kinshasa, lors de son discours prononcé le 31 janvier 2023, à l'occasion de la rencontre avec les autorités du pays et le corps diplomatique, dans le cadre de son voyage apostolique: «Retirez vos mains de la République Démocratique du Congo, retirez vos mains de l'Afrique! Cessez d’étouffer l’Afrique: elle n’est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser.» Une situation jugée préoccupante, qui interpelle à la fois les responsables ecclésiaux, la société civile et les gouvernements. Toutefois, malgré ce tableau sombre, les évêques ouest-africains soulignent que «les signes d'espérance ne manquent pas».
La synodalité, une exigence pour l'action pastorale
Dans leur communiqué, ils évoquent également le rôle central de l'Église-Famille de Dieu en Afrique, qui n'a cessé de «prendre ses responsabilités en étant aux côtés des pauvres et des marginalisés». Le Conseil permanent encourage les initiatives humanitaires des églises locales visant à répondre aux multiples défis auxquels les populations de la sous-région sont confrontées, et souligne l'importance de la communion en Église-Famille de Dieu en Afrique. «La synodalité n'est pas une mode, mais une manière concrète de marcher ensemble», insistent les évêques, réaffirmant leur responsabilité de pasteurs et de guides dans la conduite de la marche synodale.
Cette synodalité, soulignent-ils, doit impérativement se traduire par des actions concrètes, à travers une articulation plus harmonieuse entre les différents niveaux de l'organisation ecclésiale. Il faudra ainsi «adopter des stratégies favorisant une participation inclusive du clergé, des religieux et des laïcs dans la conduite des actions pastorales.»
Forces vives de la société
Les évêques exhortent le peuple de Dieu à placer sa «confiance dans le Christ qui marche au milieu de son peuple», et invitent le clergé, les personnes consacrées et les laïcs à «rester unis, à avancer ensemble, chacun selon son charisme propre, et à approfondir l'engagement commun au service du Christ et de l'humanité.»
Par ailleurs, ils demandent aux jeunes d'éviter «les pièges de la drogue et de nouvelles religiosités africaines qui confondent le cultuel et le culturel», les exhortant à demeurer fidèles au Christ, «l'unique Sauveur du monde». Ils proposent plutôt une formation accumulée des jeunes à la doctrine sociale de l'Église, à la promotion de l'autonomie financière par la mise en place d'activités génératrices de revenus (AGR), ainsi qu'«une gestion rigoureuse des ressources, fondée sur la culture de la reddition des comptes et de la sanction.»
À l'endroit des gouvernants et de la société civile, le Conseil permanent rappelle qu'ils sont au service des mêmes populations et les invitent à collaborer étroitement pour la paix et le développement, chacun selon ses compétences.
Un appel aux partenaires internationaux
Enfin, s'adressant aux partenaires internationaux de la CERAO, les évêques ouest-africains soulignent la noblesse et l'ampleur de leur mission, qu'ils souhaitent accomplir en communion avec toutes les personnes de bonne volonté éprises de paix. «Marchez avec nous pour le bien des peuples de notre sous-région», lancent-ils.
À l'image du Christ, Bon Pasteur, marchant avec son peuple et lui annonçant la Bonne Nouvelle de justice et de paix, les évêques concluent par cet appel: «Avec Lui, nous, vos pasteurs, nous vous invitons tous à l'espérance. Nous implorons pour notre sous-région des grâces célestes et nous nous engageons résolument pour la justice et la paix.»
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