Participants aux états généraux de l’Enseignement Catholique Associé de Centrafrique. Participants aux états généraux de l’Enseignement Catholique Associé de Centrafrique. 

L’Église centrafricaine se dote d’un pacte éducatif national

L’Église de Centrafrique a tenu des états généraux de l’Enseignement Catholique Associé de Centrafrique (ECAC). Les travaux visaient à évaluer la situation de l’enseignement catholique et l’appropriation du Pacte Éducatif Africain, une émanation continentale du Pacte Éducatif Global promu par le Pape François. À l’issue des échanges, un Pacte éducatif centrafricain a été élaboré, axé sur la coopération entre l’Église et l’État dans le secteur éducatif.

Jean-Paul Niyigena, Coordinateur de l’Institut Pacte Éducatif Africain

Les assises qui se sont tenues à Bangui du 16 au 21 février, étaient placées sous le thème: «Éduquer: un appel à innover, servir et transformer». Dans son mot d’ouverture, Mgr Nestor-Désiré Nongo Aziagbia, évêque de Bossangoa et président de la Commission épiscopale pour l’enseignement catholique, a insisté sur l’opportunité que le pacte éducatif africain offre aux Églises d’Afrique de mettre en place un temps de réflexion sur l’éducation catholique en vue d’identifier, «sans complaisance», les défis auxquels elle est confrontée et de lui insuffler une nouvelle dynamique qui ouvre à l’espérance pour un avenir meilleur sur le continent. «L’éducation catholique ne doit plus rester une théorie qui n’a pas un impact profond sur la société. Elle doit répondre à son rôle transformateur de la société», a dit haut et fort le prélat.

Des chantiers prioritaires pour renouveler l’école catholique

Plusieurs chantiers ont été élaborés au cours de ces états généraux. Ils concernent notamment la formation professionnelle, l’enseignement technique et professionnel, la digitalisation de la gestion administrative et de la pédagogie, l’éducation des filles et la lutte contre les violences en milieu scolaire, le partenariat entre l’Église et l’État. Ces thématiques ont été présentées par des experts nationaux et internationaux, avant d’être discutées «de manière synodale» dans des ateliers, dont les fruits des réflexions ont été présentés dans l’assemblée.

Il en résulte que l’école catholique en Centrafrique doit transcender le système éducatif en place, basé encore sur la perspective coloniale qui assignait à l’école la vocation de préparer des fonctionnaires, pour privilégier la formation aux métiers. Il a aussi été décidé de la mise en place des instruments permettant de lutter contre la pesanteur des traditions ancestrales dont les filles continuent d’être victimes dans leur croissance et intégration sociale. Il a en effet été constaté qu’un grand nombre des filles sont soit obligées par leurs parents de se marier trop tôt, soit victime de la corruption sexuelle de la part de certains enseignants. 

Une action commune entre l’Église et l’État

A l’issu de ces travaux, un pacte éducatif centrafricain a donc été adopté. Une déclinaison nationale du pacte éducatif africain, poussé par le Pape François. Parmi ses orientations figurent notamment l’accueil dans chaque établissement scolaire de 5 à 10 % d’enfants issus de milieux vulnérables, la promotion de l’éducation des filles, la promotion du dialogue interreligieux, la transparence dans la gestion scolaire et le développement de l’esprit critique chez les élèves. 

Le pacte engage également l’État à instaurer un dialogue permanent avec l’Église, notamment dans l’élaboration ou la mise à jour du programme national, et à soutenir financièrement l’enseignement catholique. À ce titre, une commission spécifique chargée d’assurer la mise en œuvre et le suivi de cette coopération a été annoncée. 

Rendre l’éducation catholique accessible à tous

Ces assises ont connu la participation, de près ou de loin, des représentants de l’Église universelle et continentale. Dans son message, le cardinal José Tolentino de Mendonça, préfet du dicastère pour la culture et l’éducation, a interpellé l’Église de Centrafrique, dans la ligne de transformation assignée aux états généraux, sur la nécessité de rendre l’école catholique accessible. « Vos écoles sont appelées à être des lieux accessibles à tous, sans exclure personne: c’est aussi cela, “désarmer l’éducation” afin qu’elle ne dégénère pas en nouvelles divisions dans la société entre ceux qui ont des moyens — et peuvent s’instruire — et ceux qui en sont dépourvus», a dit le cardinal. 

A son tour, le cardinal Antoine Kambanda, archevêque métropolitain de Kigali et référent continental du pacte éducatif africain, a souligné la nécessité d’évaluer l’impact moral de l’école catholique en Afrique, «chez les anciens élèves, par exemple, occupant des responsabilités ici et là dans les pays, sans s’indigner de la souffrance que nos sociétés continuent de subir». Sur ce, le cardinal a encouragé les participants à proposer «une école catholique qui enseigne par l’exemple, qui se construit à partir du Christ et qui est appelée à être un laboratoire vivant de l’humanité». 

Une Eglise présente où l’État est absent

Les crises successives qu’a connues la République Centrafricaine ont profondément affecté son système éducatif. À peine 40 % d’enfants sont scolarisés, et seule la moitié d’entre eux obtient un diplôme. Nombre d’infrastructures nécessitent une réhabilitation urgente, tandis que le manque du soutien financier public contraint les établissements à dépendre exclusivement des contributions des familles. 

Malgré ces difficultés, l’école catholique demeure présente «même là où l’État est absent», comme l’a affirmé Monseigneur Richard Appora-Ngalanibé, évêque de Bambari et président de la conférence épiscopale de Centrafrique. Cette mission est assurée, dans de nombreux cas, grâce aux «maîtres-parents», auxquels l’Église offre une formation pédagogique accélérée afin de pallier le manque d’enseignants qualifiés. Aussi, le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque métropolitain de Bangui, a-t-il insisté, dans sa prise de parole, sur l’urgence d’ «éduquer à la paix dans une société blessée par les conflits et les crises diverses». 

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24 février 2026, 12:28