En Inde, les chrétiens réclament fraternité et paix
Paolo Affatato - Cité du Vatican
Un avenir radieux, fait de respect des droits, d'égalité et d'égalité des chances. Un avenir dans lequel l’on peut contribuer au développement harmonieux du pays, à la fraternité et à la paix. C'est ce que demandent les chrétiens en Inde. John Dayal, journaliste et écrivain, porte-parole de la plus ancienne et prestigieuse organisation de laïcs catholiques, «All India Catholic Union» (Aicu), qui, depuis 106 ans, est la voix des citoyens chrétiens du pays, avec des délégués et des groupes opérant dans 120 diocèses, parle de ce désir et de l'engagement à le réaliser.
Une nouvelle charte
Face aux violences et aux discriminations dont sont victimes les chrétiens, «il faut une nouvelle charte des droits des communautés chrétiennes. C'est une proposition qui a déjà été avancée et discutée par le passé entre les Églises chrétiennes de différentes confessions», rappelle-t-il dans un entretien accordé à «L'Osservatore Romano». «Le moment est venu de la mettre en œuvre, d'être unis et de nous engager à créer une Inde où la diversité est respectée, où les droits de chaque citoyen sont protégés, où ‘‘des maladies telles que la haine et la discrimination sont soignées’’», affirme-t-il.
Une longue liste de violences
Les laïcs catholiques indiens constatent que l'année 2025 a été marquée par «un niveau élevé de violence et d'intimidation». Les croyants, en particulier dans des États comme: Uttar Pradesh, Chhattisgarh, Madhya Pradesh et Orissa, ont subi des attaques qui se sont intensifiées pendant la période de Noël, ce qui a également été rapporté avec inquiétude dans les milieux et médias non chrétiens. Le Forum Chrétien Uni, rapporte Dayal, a recensé 706 incidents entre janvier et novembre 2025. «D'autres sources, comme l'Alliance Évangélique de l'Inde, ont signalé, au cours de l'année 2025, 183 épisodes de violence à Uttar Pradesh et 156 à Chhattisgarh: agressions, interruptions de culte, vandalisme, fausses accusations de conversions».
«Nous avons vu des affiches appelant au boycott de Noël. Nous avons enregistré des perturbations dans au moins 60 événements à travers le pays, des agressions physiques et harcèlements contre des fidèles en prière». Il y a une cause profonde à cette violence, explique le porte-parole: «Les discours haineux de divers dirigeants du gouvernement et des groupes extrémistes hindous, tels que Sangh Parivar, ont contribué à créer ce climat. La propagande qui qualifie les chrétiens ‘‘d'étrangers en Inde'' a encouragé de telles actions». En outre, souligne Dayal, «les lois qui rendent difficile la conversion religieuse, en vigueur dans 12 États, sont utilisées à mauvais escient pour justifier la violence, malgré le manque de preuves de conversions forcées».
Égalité des droits et dignité pour les minorités religieuses
Les «discours haineux», dans les interventions publiques et sur les réseaux sociaux, «ont visé chrétiens et musulmans dans 1 156 cas, soit une augmentation de 41 % par rapport aux épisodes de haine antichrétiens recensés en 2024», a rapporté le Centre d’étude sur la haine organisée. «La plupart de ces discours haineux ont eu lieu dans les États gouvernés par le Bharatiya Janata Party, le parti du Premier ministre en exercice, Narendra Modi», signale-t-il, soulignant un fait révélateur pour les chrétiens.
Dans un tel contexte, il observe qu'«il est essentiel de reconnaître la gravité des faits, sans céder au désespoir. Nos communautés doivent poursuivre leur engagement démocratique, en puisant leur force dans la Constitution, le guide moral des institutions, dans les évêques, dans le courage silencieux des citoyens ordinaires», espère-t-il. La demande de la communauté chrétienne qui représente 2,3 % de la population de plus d'un milliard d'habitants en Inde, est simple: «Des droits égaux et une dignité égale devant la loi. Soutenir ces principes n'est pas une concession faite aux minorités, mais une épreuve pour la république elle-même».
Dayal signale un problème structurel: «Les minorités religieuses, en particulier les musulmans et les chrétiens, sont représentées de manière disproportionnée parmi les pauvres des zones urbaines, les travailleurs informels et les migrants internes. Les dalits (les hors-castes) et les adivasis (les autochtones) sont confrontés à des formes d'exclusion très anciennes, et les femmes à des obstacles plus complexes».
Interventions en vue des prochaines élections
C'est pourquoi, comme l'a rapporté l'agence Fides, l’organisation de laïcs catholiques, «All India Catholic Union» propose d'élaborer et de présenter au gouvernement indien une convention valable pour toutes les communautés chrétiennes, qui inclurait «des programmes visant à éduquer les citoyens sur les droits prévus par les articles 25 à 28 de la Constitution », ceux qui régissent la vie et les libertés fondamentales des communautés religieuses dans le pays.
Enfin, en vue des élections qui se tiendront en 2026 dans différents États ou villes, «il est nécessaire d'introduire des mesures susceptibles d'empêcher la manipulation des listes électorales au détriment des minorités religieuses», note-t-il. Tout aussi important, conclut-il, sera de veiller à ce que le recensement de la population, prévu par le gouvernement entre 2026 et 2027, «n'aggrave pas les divisions fondées sur les castes, l'ethnie, la religion ou la culture».
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